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Agrocampus Ouest, Angers 9 e édition 16 & 17 Janvier 2017

Communications

Séance introductive

Sessions plénières|Sessions thématiques|

Session #01 : Les enjeux de la diversité

Animateur(s) : Jean-Marc Audergeon, INRA Avignon

Placer la diversité et ses enjeux au coeur des Rencontres du Végétal atteste que le végétal spécialisé intègre les préoccupations sociétales du 21e siècle. Interprétée à loisir selon les champs d’intérêt des uns et des autres, elle est tantôt un objet de protection, de préservation et de gestion, notamment lorsqu’il va s’agir de diversité génétique et de paysages. Elle est tantôt un enjeu règlementaire et d’appropriation collective, au sens des accords de Nagoya. Elle est aussi un espace à disséquer pour entrevoir, à travers les mécanismes d’adaptation, les voies d’un futur résilient. Elle repose aussi sur des hommes qui, dans leur aptitude à faire société, formatent, déforment, adaptent et s’adaptent au capital dont ils disposent. Ces dimensions, multiples et interconnectées, constituent un espace à enjeux, éclairé dans la première session.

Lundi 16 janvier : 10h30-13h00

Communications orales

Les dimensions multiples de la diversité : points de vue croisés entre champs disciplinaires

Orateur(s) : Bernard Chevassus-Au-Louis - Président d'Humanité et Biodiversité, Paris

 Dans un premier temps, nous présenterons les différentes déclinaisons de la notion de diversité dans les champs des entités naturelles (diversité biologique, de la diversité cellulaire à celle des paysages, et géologique) et culturelles (en nous limitant dans ce cas aux diversités culturelles en rapport avec les objets naturels). Nous montrerons que cette référence à la diversité émane en fait de disciplines variées et que les processus à l’origine de ces diversités sont en fait très différents. La convergence de ces disciplines autour de cette notion de diversité résulte de démarches indépendantes et parfois antagonistes et non d’une volonté d’élaborer un paradigme multidisciplinaire commun.
Cependant, nous essaierons dans un second temps d’identifier ce que ces différentes déclinaisons de la notion de diversité peuvent avoir en commun. Nous évoquerons les tentatives, plus ou moins fructueuses, qui ont été menées pour étudier les relations pouvant exister entre ces différentes diversités.
Enfin, nous nous interrogerons sur le fait que ces différentes diversités, tant biologiques que culturelles, sont aujourd’hui fortement dépendantes de l’action, volontaire ou involontaire, de l’homme. Or, la diversité ne constitue pas aujourd’hui une référence qui s’impose aux actions humaines : il existe en fait une tension entre une problématique de l’uniformité et une problématique de la diversité, ces deux problématiques étant porteuses de valeurs. Il convient donc d’élaborer une éthique de la diversité pour arbitrer ces conflits de valeurs.

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Sciences citoyennes – Sciences participatives : En quoi la transformation des relations Sciences-Sociétés impacte-t-elle les pratiques des chercheurs ? 

Orateur(s) : Pierre-Benoît Joly - Directeur de Recherches à l'INRA, LISIS, Université Paris-Est

Au cours des quinze dernières années, les sciences participatives ont connu une évolution remarquable. Phénomène nouveau, les grandes revues scientifiques internationales ouvrent de plus en plus leurs colonnes à ces travaux. La partie la plus visible concerne le nombre croissant de projets de recherche qui impliquent la participation de « non-scientifiques-professionnels ». Parmi les cas emblématiques on cite souvent la découverte de nouvelles classes de galaxies avec le projet Galaxy Zoo ou la structure de protéines liées à la transmission du VIH dans le projet Foldit. Les grandes institutions de recherche des pays de l’OCDE reconnaissent progressivement le phénomène et lancent des programmes de sciences participatives.

La participation de non-scientifiques-professionnels à la production de connaissances n’est pourtant pas nouvelle. Dans le domaine de l’histoire naturelle (botanique, entomologie, zoologie, etc.), l’implication des amateurs est une tradition vieille de plusieurs siècles. En astronomie, les amateurs ont depuis toujours apporté une contribution essentielle à la découverte de corps célestes. Dans le domaine de la santé, les années SIDA ont été marquées par la contribution active des associations de patients à la production de connaissances et le phénomène s’est depuis lors élargi à de nombreuses pathologies. Si « internet 2.0 », centré sur l’interaction et la contribution des internautes, a ouvert la voie à des formes originales de participation comme le recueil massif et distribué de données par la foule (crowdsourcing) et le recours au travail des internautes sous la forme de jeux (gamification), les sciences participatives ont une histoire plus longue et ne se limitent pas aux interactions dans l’espace numérique. Parmi les traditions qui nourrissent ce courant, la « recherche-action participative » (Chevalier & Buckles 2013) et la Community Based Research (Israel et al. 1998) ouvrent les portes non seulement à la participation des citoyens à l’activité scientifique, mais aussi à la participation des chercheurs à la vie citoyenne confrontée aux multiples enjeux du vivre ensemble au quotidien.

L’engouement actuel pour les sciences participatives ne correspond pas seulement à un effet de mode. Plusieurs moteurs d’évolution soutiennent une croissance forte depuis une quinzaine d’années : l’aspiration des citoyens et des groupes concernés à la participation directe, l’accroissement du niveau moyen d’éducation, le développement rapide des technologies d’information et de communication. La dynamique en cours est une chance pour les interactions sciences-sociétés car les sciences participatives sont le vecteur d’intéressements mutuels et de collaborations.

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Libérer ou restaurer la nature ?

Orateur(s) : Thierry Dutoit - Directeur de recherche CNRS - Institut Méditerranéen de Biodiversité et Écologie, Avignon

Co-auteur(s) :

Julie Chenot1,2, Renaud Jaunatre3, Elise Buisson1

1 Institut Méditerranéen de Biodiversité et Ecologie (IMBE), IUT Avignon, site Agroparc BP 61207, 84911 Avignon Cedex 09, France.thierry.dutoit@imbe.fr
2 Société des Carrières de La Ménudelle, GAGNERAUD Construction, Saint Martin de Crau.
3 IRSTEA, Ecosystèmes Montagnards », Irstea Domaine Universitaire, 2 rue de la Papeterie BP 76, 38402 Saint-Martin-d’Hères, France.

 Actuellement, un peu partout sur la planète, on restaure, on réhabilite, on dépollue des espaces qui ont été détruits par les activités humaines qu’elles soient d’origine industrielle ou agricole. La dernière conférence internationale sur la biodiversité qui s’est tenue à Nagoya au Japon en 2010, a ainsi fixé pour objectif, la restauration de 15% de tous les écosystèmes de la planète d’ici à 2020 ! Cependant, de récentes analyses ont démontré l’impossibilité de restaurer l’intégralité des écosystèmes qui préexistaient du fait de l’existence de seuils d’irréversibilité tant au niveau écologique que technologique ou socio-économique.
Est-alors apparu le concept théorique de « nouveaux écosystèmes » qui sont des écosystèmes récents, légués après une période d’exploitation non durable et dégradés tant au niveau de leur biodiversité que de leur production de services écosystémiques. La perception de leur naturalité et de leur évolution future reste cependant encore largement méconnue faute d’investigations. Faut-il alors « laissez-faire » la nature ou intervenir à tout prix pour une hypothétique restauration d’écosystèmes culturels historiques ?
Nous avons cherché à apporter des éléments de réponses à cette question à partir du cas des carrières abandonnées de la plaine de La Crau dans le département des Bouches-du-Rhône. Nous y avons alors mesuré la biodiversité (flore, faune, habitats) des nouveaux écosystèmes issus de l’exploitation dans les années 1970-80 de carrières alluvionnaires sèches (300 ha) afin de les comparer à l’écosystème culturel de référence, toujours utilisé en matière de restauration et/ou conservation (la steppe de Crau) dont plus de 7400 ha sont classés en Réserve naturelle nationale depuis 2001.
Nos résultats ont montré que la variabilité des conditions d’exploitations passées des carrières a créé aujourd’hui une grande quantité de nouveaux habitats qui abritent une flore et une faune toutes aussi riches que la steppe de référence mais bien différentes dans leur composition. Ainsi, aucun des traitements de restauration employé après l’arrêt de l’exploitation il y a trente années (transfert de sol notamment) n’a permis de restaurer l’intégralité de la composition et des fonctions de l’écosystème de référence. Face à ce constat, nous préconisons la mise en place d’un système de veille pour suivre l’évolution future des nouveaux écosystèmes créés en lieu et place d’une nouvelle destruction pour une hypothétique restauration. Sont également prévues en 2017, des campagnes d’enquêtes sociologiques auprès des populations et acteurs de l’aménagement du territoire afin de mesurer comment sont perçus ces nouveaux écosystèmes par rapport au référent culturel qu’est traditionnellement la steppe de Crau.

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Nouvelles règlementations d’accès à la biodiversité. Conséquences pratiques du protocole de Nagoya

Orateur(s) : Bruno David, Directeur recherche Substances Naturelles, Sourcing R&D et Botanique - Institut de Recherche Pierre FABRE, Toulouse

L'accès légal à la biodiversité pour la recherche dans le domaine des produits naturels représente aujourd'hui un enjeu stratégique dans les secteurs académiques ou industriels. La nécessité de partager les avantages justes et équitables découlant de l'utilisation des ressources génétiques / biologiques établies par la Convention de Rio (1992) a été réaffirmée et légalement mis en pratique à Nagoya (2010)1. Depuis le 12 Octobre 2014, le Protocole de Nagoya est entré en vigueur au niveau international. Il est donc urgent de bien être au courant, comprendre ce protocole international, les lois nationales et le Règlement Européen2 N°511/2014 afin de bien respecter ces législations.
Des procédures administratives spécifiques doivent être suivies par les chercheurs afin d'accéder légalement aux échantillons de la biodiversité à partir de sources nationales, européennes ou internationales. Un arbre de décision est très utile pour trouver son chemin à travers les réglementations juridiques complexes et pour assurer la sécurité juridique. La meilleure façon d'obtenir des informations sur les conditions d'accès nationaux est de contacter le point focal du pays et de consulter le site web CBD-Clearing-House3. La signature avec les autorités biodiversité nationales de Prior Informed Consent (PIC) et Mutually Agreed Terms (MAT) sont indispensables dans la plupart des pays d'origine avant d’initier les moindres études de R & D.

Le champ d’application, la définition de l'utilisation des produits, l'établissement de règles d'accès claires, équitables, transparentes et efficaces, le règlement des litiges et le mécanisme multilatéral de partage des avantages sont les principales incertitudes de ces nouvelles réglementations.
Ces lois vont jouer un rôle clé dans la valorisation juste et équitable de la biodiversité. Cependant, les contraintes administratives et financières de ces nouvelles lois ne devraient pas être trop lourdes afin d'éviter des effets paradoxaux. En fait, sans accès effectif, pratique et sécurisé, aucune création de valeur ni aucun partage des avantages ne seront possibles vers les pays sources par les secteurs industriels et académiques. L'accès durable et respectueux des règlementations devrait donc être facilité dans l'intérêt de toutes les parties prenantes : les pays d'origine, les populations locales, les universités, l'industrie, les patients ou clients finaux de cette valorisation de la diversité biologique.

1 http://www.cbd.int/abs/doc/protocol/nagoya-protocol-en.pdf
2 http://ec.europa.eu/environment/nature/biodiversity/international/abs/index_en.htm
3 https://absch.cbd.int

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Session #02 : Évolution de la diversité végétale au sein des sociétés

Animateur(s) : Emmanuelle Chevassus-Lozza - Agrocampus Ouest Angers

La diversité culturelle et la diversité biologique sont étroitement liées au sein des sociétés. La détention de certaines ressources génétiques impacte souvent l’organisation culturelle et sociologique des tribus qui en font usage.
A l’inverse, les savoirs traditionnels en matière d’agriculture, la gestion des ressources biologiques par l’homme et les effets de mode dont il peut être l’initiateur modifient l’étendue et la structure de la diversité biologique. L’étude de ces relations étroites entre végétal et sociétés peut permettre au généticien ou au producteur d’aujourd’hui de répondre aux enjeux de demain.

Lundi 16 janvier : 18h00-19h30

Communications orales

« Les absents ont toujours raison » : leçons agroécologiques d’agriculteurs en milieu tropical

Orateur(s) : Sophie Caillon - chargée de recherche CNRS - centre d'écologie fonctionnelle et évolutive, Montpellier

Les femmes et les hommes des Pays du Sud pratiquant une agriculture de subsistance à petite échelle, dépourvue d’intrant chimique, nous enseignent une autre manière de mettre en œuvre une agriculture respectueuse, non seulement de l’environnement mais aussi de leurs valeurs culturelles. Ils ne connaissent certainement pas le terme d’agroécologie mais le mettent en pratique tous les jours. Innovation, diffusion d’idées et de matériel biologique… autant d’artifices qui seront illustrés à travers des exemples pris sur les îles du Pacifique. En adoptant une vision d’ethnobiologiste, je décrirai comment les humains et non-humains dialoguent et peuvent ainsi développer des stratégies d’adaptation face à un environnement chaotique (cyclones, raz-de-marée, …).  

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Impact des pratiques des sélectionneurs français du XIXe siècle sur l’évolution de la diversité du rosier de jardin

Orateur(s) : Cristiana Oghina-Pavie et Jérémy Clotault, université d'Angers

Co-auteur(s) :

Cristiana Oghina-Paviea, Jérémy Clotaultb, Annie Antoinea, Aurélie Bérardc, Céline Briéea, Annie Chastellierb, Sylvain Gaillardb, Agnès Grapinb, Marie-Christine Le Paslierc, Shubin Lid, Mathilde Liorzoub, Valéry Malécotb, Gilles Michelb, Alix Pernetb, Vanessa Soufflet-Freslonb, Tatiana Thouroudeb, Stéphane Tirarde, Fabrice Foucher

a Université d’Angers, UMR CNRS 6258 CERHIO, Centre de recherches historiques de l’Ouest, 5 bis Bd Lavoisier 49045 Angers, France
b IRHS, Agrocampus Ouest, INRA, Université d’Angers, SFR 4207 QuaSaV, 49071, Beaucouzé, France
c EPGV, INRA, CEA-Institut de Génomique/CNG, 91057, Evry, France
d Flower Research Institute, Yunnan Academy of Agricultural Sciences, Kunming 650205, China
e Centre François Viète, Université de Nantes, 44322, Nantes, France

Le XIXe siècle se caractérise en France par une véritable rosomanie au cours de laquelle la création variétale de rosiers de jardins a connu un intérêt sans précédent. La disponibilité de ressources génétiques nombreuses, conservées dans plusieurs roseraies en France, ainsi que les sources historiques très riches (catalogues, archives, revues horticoles, monographies, etc.) laissées par les horticulteurs et botanistes permettent d’appréhender la construction historique de la diversité des rosiers aux XVIII-XIXe siècles par une approche interdisciplinaire génétique et historique. Ainsi, le projet FloRHiGe regarde la rosomanie comme un phénomène génétique et sociétal. D’une part, l’analyse d’un échantillon biologique large de rosiers a permis d’identifier des changements quant à la diversité phénotypique et génétique des hybrides obtenus au XIXe siècle, à la fois au niveau du fond génétique mais aussi de quelque gènes clés impliqués dans des caractères sélectionnés. D’autre part, l’analyse du corpus historique apporte la contextualisation de ces changements au regard des transformations dans la société, des pratiques horticoles et des avancées théoriques de l’époque. Dans cette perspective, nous proposons une explication de la rosomanie et de ses conséquences tenant compte d’une conjonction de facteurs. Le premier facteur explicatif est l’arrivée en Europe des rosiers chinois à la fin du XVIIIe siècle, apportant des caractères nouveaux tels que la remontée de floraison. Le deuxième est le contexte dans lequel a lieu cette révolution qualitative, celui d’un goût nouveau pour le jardinage et les collections de végétaux auquel répond une horticulture ornementale en plein essor. Enfin, la rosomanie s’explique par l’activité de sélection que des amateurs et des horticulteurs professionnels exercent intensément. Les procédés employés (semis du hasard, semis ordonnés, fécondation artificielle) font écho aux concepts d’hérédité et d’hybride qui prennent contour à la même époque. La sélection s’oriente, dès les années 1815-1830, vers la recherche de variétés qui associent la remontée de floraison et des qualités esthétiques et culturales. L’importance horticole de la remontée fait qu’elle devient un critère majeur de sélection et, par la prédominance des rosiers asiatiques, la structure génétique de la diversité des rosiers européens se trouve largement modifiée dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

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Session #03 : Gérer la complexité de la diversité au bénéfice des entreprises : le "big data"

Mardi 17 janvier : 11h30-13h30

Table ronde

Animateur(s) : Nicolas Maniez - chargé de mission Centre-Val de Loire VÉGÉPOLYS

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Avec la participation de :

- Pour le secteur semencier :
Laurent BARTHEZ – Directeur du Programme Agriculture Numérique Groupe LIMAGRAIN ( télécharger le diaporama)
- Pour le secteur de l’expérimentation :
Éric BRAJEUL– Ingénieur Responsable du centre de Carquefou CTIFL & Marion CARRIER – Ingénieur R&D en modélisation (Télécharger le diaporama)
et chef de projet CybeleTech
- Pour le secteur de la production :
Medhi SINÉ– Chef du Service Systèmes d’Information et Méthodologies, ARVALIS - Institut du végétal (Télécharger le diaporama)
- Pour les secteurs de l’assurance :
Gwënael SIMON - Directeur technique assurance, GROUPAMA Loire-Bretagne (Télécharger le diaporama)

 

Grâce à l'utilisation des outils numériques et des applications connexes, un grand nombre de données de nature diverse peuvent être collectées et/ou sont disponibles. Sommes-nous en mesure d’en extraire des tendances significatives ou des approches novatrices au bénéfice des filières ?

Conclusion